Abhorrer (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

XV e siècle. Emprunté du latin abhorrere, « s'écarter avec horreur de », de horrere, « avoir horreur de ». Avoir en horreur, éprouver de l'aversion ou de la répulsion pour quelque chose ou quelqu'un. Il abhorre la solitude. Abhorrer le vice. Abhorrer un régime politique. Pron. Depuis leur procès, ils s'abhorrent.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

Avoir en horreur. "Les honnêtes gens abhorrent les fripons. Il abhorre les remèdes. Depuis son crime, il s'abhorre lui-même."



Dictionnaire d'Emile Littré

Verbe 



 1   Éprouver de l'horreur pour, repousser avec horreur. Abhorrer quelqu'un. Se faire de quelqu'un. Il abhorre la cruauté. Abhorrer le nom de roi.
LAMART.: « Dans l'éternel oubli je dormirais encore ; Mes yeux n'auraient pas vu ce faux jour que j'abhorre »
BOURD.: « Il déteste l'autre, il l'abhorre, parce qu'il y voit tout à la fois et Dieu déshonoré et l'homme perdu »
BOSSUET: « Le Roi n'avait point donné d'ouverture ni de prétexte aux excès sacriléges dont nous abhorrons la mémoire »
RAC.: « C'est ce qui me le fait justement »
RAC.: « Honteux d'avoir poussé tant de voeux superflus, Vous l'abhorriez : enfin, vous ne m'en parliez plus »
VOLT.: « .... Oracles que j'abhorre, Sans vos ordres, sans vous, mon fils vivrait encore »
MOL.: « Sauvez-moi du tourment d'être à ce que j'abhorre »

 2   S'abhorrer, v. réfl.

 3   Se haïr réciproquement. Ces deux hommes s'abhorrent.

 4   Se haïr soi-même.
VOLT.: « Je hais le monde entier, je m'abhorre moi-même »

SYNONYME
    ABHORRER, DÉTESTER, HAÏR. Les deux premiers mots marquent également des sentiments d'aversion, dont l'un est l'effet du goût naturel ou du penchant du coeur, et l'autre, l'effet de la raison et du jugement. Ou pour mieux dire, suivant l'étymologie, on abhorre tout ce pour quoi on a une horreur, une répulsion ; on déteste tout ce que l'on veut écarter, tenir loin de soi. Dans et détester, le sentiment que l'on ressent n'est pas le même : avec le premier on frissonne, avec le second on repousse. C'est pour cela que les auteurs de synonymes ont dit que détester s'applique à ce qu'on ne peut estimer, à ce que l'on condamne, à ce que l'on juge mauvais ; et que s'applique à ce qui excite antipathie, répugnance. Cela exposé, on voit quelle nuance sépare ces deux verbes, et comment ils peuvent être pris l'un pour l'autre. Haïr est le terme général, par conséquent il exprime une nuance moins forte. On hait tout ce qu'on déteste et ce qu'on abhorre ; mais dans haïr ne sont pas marquées les distinctions qu'impliquent détester et .

HISTORIQUE
    XVIème siècle
RABEL.: « C'est la cause pour quoi de tous sont hués et abhorryz »
RABEL.: « Ilz crachoient dedans les platz, affin que les houstes [hôtes], abhorrens leurs infames crachatz, desistassent manger »
AMYOT: « Ceux qui soufroient de fait tout ce que font les rois à leurs subjets, detestoient et abhorrissoient encore neantmoins ce nom de roi »

ÉTYMOLOGIE
    Provenç. aborrir, aorrir ; espagn. aborrecer ; ital. aborrire ; de e, de ab, indiquant séparation, et de horrere, avoir horreur (voy. HORREUR). La conjugaison a été en ir en provençal, en français et en italien, le verbe latin ayant été transformé en abhorire. C'est après le XVIe siècle qu'on a dit, d'après le latin, au lieu d'abhorrir.


Signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Avoir en horreur. "Les honnêtes gens abhorrent les fripons. Il abhorre les remèdes. L'Église abhorre le sang."
Il s'emploie, quelquefois, avec le pronom personnel. "Depuis son crime, il s'abhorre lui-même."



Ancienne définition de 1798 (Académie Française)

Verbe 


(On prononce les deux R.) Avoir en horreur. "Les honnêtes gens abhorrent les fripons. L'Eglise abhorre le sang".



Signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)

Verbe 


Avoir en horreur. "Les honnêtes gens abhorrent les fripons. Les Saints abhorrent l'impiété."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)


ou ABHôRRER, v. a. ["abôr-ré", pron. les deux "r"; 2e. longue, 3e. "é" fer.
- L'"o" etant long, il seroit bon de le marquer de l'acc. circ.] Ce verbe n'est guère d'usage qu'au présent, ainsi que "détester". = "Abhôrrer", avoir en horreur. 'Les Saints "abhôrrent" l'impiété.
- "Abhôrrer" est plus l'effet du sentiment, et "détester" de la raison ou du jugement: on "abhôrre" ce qu'on ne peut souffrir: on "déteste" ce qu'on désaprouve.
   ABHôRRÉ, ÉE, part. pass. et adj. Il s'emploie sans régime, et même alors il suit toujours le substantif; ou avec l'ablat. (la prép. "de".) Ce Tyran "abhôrré": Princesse "abhôrrée de" ses sujets.



Signification éditée en 1694 (selon l'Académie Française)

Verbe 


Avoir en horreur, en aversion. "Les Saints abhorrent les meschants. les impies".




Emplacement dans le dictionnaire :

abeiller
abélien
aber
abergeage
aberrant
aberration
abêtir
abétir
abêtissement

abigéat
abîme
abîmé
abimé
abimer
abîmer
abiotique
abject
abjectement
abjection
abjuration




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Benjamin CONSTANT (De l'esprit de conquête et de l'usurpation dans leurs rapports avec la civilisation européenne)

...sacrifier ni leur repos, ni leurs habitudes, ni leurs jouissances. Or, si le despotisme est l'ennemi le plus irréconciliable de tout repos et de toute jouissance, n'en résulte-t-il pas qu'en croyant abhorrer la liberté, les modernes n'ont abhorré que le despotisme ? Chapitre IX. L'aversion des modernes pour cette prétendue liberté implique-t-elle en eux l'amour du despotisme ? Je n'entends nullement par...


Citation n°2 de Mme de GENLIS (Les Chevaliers du Cygne ou la Cour de Charlemagne)

...et cette malheureuse princesse, en jouant le rôle le plus mal-adroit et le moins noble, se croyoit une héroïne. En effet, quoi de plus imprudent que de s'entourer de gens connus universellement pour abhorrer la révolution ; et quoi de moins courageux que de répéter dans tous ses discours publics les assurances de sa sincérité et de son attachement aux lois nouvelles ? D'autant plus que rien ne la...


Citation n°3 de BERNARDIN DE SAINT-PIERRE (Études de la nature : t. 3)

...d'empereur pour prendre celle d'un esclave. D'autres le représentent comme un objet perpétuel du courroux céleste, et ont accumulé sur son existence toutes les misères qui pouvoient la lui faire abhorrer. Ce n'est point là l'homme. Il n'est point formé d'une nature simple comme les autres animaux, dont chaque espèce conserve constamment son caractère, mais de deux natures opposées, dont chacune se...


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